Premières lignes #12

Bonjour tout le monde ! Vous avez tous passé une bonne semaine ?

On se retrouve pour le rendez-vous hebdomadaire Premières lignes ! Celui-ci a été créé par Ma Lecturothèque et consiste à, chaque semaine, écrire les premières lignes du livre que nous sommes en train de lire pour les partager sur son blog.

Pour ma part, j’ai commencé hier soir Les âmes silencieuses de Mélanie Guyard. Je vous partage donc les premières lignes ici…

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Prologue

Août 1944

Ils respirent pareil, le père et la fille. L’air entre là, haché, maltraité, hésitant, et ressort avec précaution. Sa gorge à elle palpite, blanche et offerte, tandis que celle de l’homme, rouge, le poil clairsemé, suinte jusqu’à tacher le marcel blanc. Ils se font face mais ne se voient pas. Elle n’arrive pas à le regarder.

Il y a un million de mouvements sur lesquels elle peut fixer son attention, un millier de secondes qui rythment ses expirations : l’eau tombant dans le baquet de fer-blanc, le froissement des feuilles dans le tilleul, dehors, la vieille horloge, la fraîcheur du parquet sous ses pieds, le crissement de ses ongles sur le bois de la chaise. Dans l’air de la pièce, chargé d’odeurs de graisse, d’animaux et de cuisine à cause des conserves qu’il a bien fallu faire, ses derniers mots vibrent encore, longtemps après leur disparition. Ils la cernent, l’écrasent, l’étouffent. ils pèsent entre eux deux et les déchirent. Elle respire doucement pour ne pas se blesser.

Papa, pense-t-elle, mais elle ne dit rien. Elle imagine des phrases qui la sauvent, des stratégies efficaces qu’elle sait ne pas exister, elle compte les espoirs qu’il lui reste et les noeuds du bois sur la table qui la sépare de son père. Les muscles de ses bras pèsent le poids d’une vie. L’ombre de sa mère sanglote à la périphérie. Elle supporte sans broncher la fureté des pupilles posées sur elle. Elle sent l’odeur de sa propre peur et la moiteur de ses mains sur la toile de la blouse. Jamais l’été ne l’avait brûlée ainsi. Sa langue et ses yeux sont secs à lui faire mal. Elle attend qu’il soit trop tard. Et dehors, le vent lui apporte les premières clameurs.

Mélanie Guyard, Les âmes silencieuses

Connaissez-vous ce livre ? Cette autrice ?

Très belle fin de journée,

Léa

3 réflexions au sujet de “Premières lignes #12”

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